La défense à trois en Angleterre: à jamais au placard ?

Depuis sa position insulaire, l’Angleterre a suivi le fil de l’évolution tactique du sport de son invention avec un certain décalage, qui peut s’expliquer par la spécificité de son approche du jeu mais aussi par ses considérations parfois condescendantes sur le potentiel et la situation de son football. Les évolutions tactiques seront déclenchées par les conséquences des “chocs culturels” qu’a connu le football Anglais, notamment sur la scène Européenne. Le cas de l’organisation défensive n’y fait pas exception: si le modèle à trois défenseurs a constitué dans les années 90 une réponse crédible afin de contrer le 4-4-2 fermement implanté depuis la fin des années 70 ; la tournure continentale qu’a pris le jeu pratiqué par les clubs Anglais depuis le début du millénaire laisse sur le papier peu de place à un éventuel retour en force de ce système. Pourtant, Wigan utilise une base à trois défenseurs depuis près d’un an tandis que Liverpool en a fait un usage ponctuel. Aston Villa s’est lancé dans l’aventure, plusieurs mois après l’expérimentation peu concluante de Roberto Mancini à City. Et si l’évolution de la formation en cours de rencontre était finalement la solution afin de  garantir la survie de  l’espèce ?

Le 4-4-2 en Angleterre: produit d’importation

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Stan Cullis prépare sa tactique, alors en charge de Wolverhampton

Le 4-4-2 semble bien ancré dans la culture populaire comme l’adage du football Britannique alors qu’il s’agit pourtant d’une adaptation relativement tardive d’organisations qui ont fait le succès parallèle du Brésil et de la Hongrie dans le courant des années 50. Jusqu’au début des années 60, le W-M (3-2-2-3) d’Herbert Chapman était légion en Angleterre, malgré les critiques sur son aspect désuet. C’est une analyse statistique erronée de la typologie des actions (étudiant le nombre de passes de séquences de jeu) de la part d’un comptable, Charles Reep, qui va appuyer les théories sur le bien fondé du jeu direct. Le Wolverhampton de Stan Cullis remportera ses principaux titres avec un jeu basé sur le postulat selon lequel plus le ballon est joué rapidement vers l’avant, plus l’équipe en question va se créer des occasions. La victoire du 4-2-4 Brésilien en 1958 va mettre en lumière les possibilités offertes par l’utilisation d’offensifs plus défensifs ou de défensifs plus offensifs. Ainsi, le système de Vincente Feola s’apparentait à un mélange entre 4-2-4, 4-3-3 et 3-3-4 ; en fonction de si “la fourmi” Zagallo redescendait donner un coup de main à ses partenaires dans l’entrejeu ou si Bellini s’insérait au milieu de terrain.

Agé de 35 ans et deux ans après avoir disputé le fameux Angleterre Hongrie de 1953, Alf Ramsey prit les rennes d’Ipswich Town et s’inspira des formules à quatre défenseurs qui se développaient jusque là. Son inspiration sera de reconvertir Jimmy Leadbetter, alors “inside forward” (attaquant intérieur, de la ligne de soutien offensif du W-M) en ailier gauche. Freiné par sa lenteur, Leadbetter s’était vu donner le rôle de se positionner sur la gauche entre les trois milieux axiaux et les trois attaquants d’une formule asymétrique en 4-3-3. Lors des confrontations opposant un W-M au 4-2-4 de Ramsey, Leadbetter pouvait aspirer le défenseur droit et transmettre au buteur Ted Phillips dans la brèche. Cette mise en place sera le catalyseur du succès rapide d’Ipswich Town, passé du podium de troisième division au titre de Champion d’Angleterre 1962 en l’espace de 7 saisons.

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Alf Ramsey aux côtés de ses joueurs. Il porte la fameuse veste Umbro qu’il fera passer à la postérité

Promu manager de l’équipe d’Angleterre la même année, Ramsey réclamera les pleins pouvoirs – dont ne disposait pas son prédécesseur Winterboom, soumis à un comité qui votait les compositions d’équipe. Ayant obtenu l’aval de la FA en ce qui concerne le choix du système de jeu, son 4-4-2 remplacera rapidement le W-M utilisé auparavant. Sur la base du constat de l’absence de travail défensif de ses joueurs de couloir, Ramsey convertira Bobby Charlton en milieu axial ; menant à la formation à plat connue sous le nom de “wingless wonders” (merveilles sans ailes). Le fait de disposer de quatre défenseurs correctement protégés permettra aux latéraux de serrer au plus près les ailiers adverses, réduisant alors l’espace qui faisait leur succès auparavant. L’Angleterre était également en mesure de récupérer le ballon plus facilement contre des équipes de calibre international ; s’agissant bien évidemment d’une lapalissade que de dire qu’il faut disposer du ballon pour attaquer. Treize ans après la débâcle Hongroise, l’Angleterre sera couronnée Championne du Monde sur ses terres en 1966.

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Alan Hansen

Pourtant, le W-M restait d’actualité en Angleterre (Liverpool ayant acquis son titre de 1964 dans cette configuration). Il faudra attendre une prise de conscience tirée des échecs successifs des Reds sur la scène Européenne au début des années 70 pour que Bill Shankly se résolve à trouver une solution afin de maîtriser le ballon et construire les actions en cherchant plus patiemment la brèche.  La première brique sera constituée par le repositionnement d’un milieu de terrain (tel que Phil Thomson) en charnière centrale ou le développement d’un profil de relanceur dont l’actuel consultant pour l’émission de la BBC “Match of the Day” Alan Hansen sera la figure de proue. Liverpool remportera ainsi quatre coupes d’Europe entre 1977 et 1984

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Graham Taylor et Elton John à Watford

 

Sous l’impulsion de Graham Taylor,  Watford – alors présidé par Elton John – connaîtra une ascension fulgurante de par une approche pourtant opposée à celle de la “continentalisation” du jeu que l’on pouvait observer à Liverpool – ou Nottingham Forest sous Nigel Clough. L’idée de Taylor se basait sur le constat que les équipes qui cherchent à marquer en fin de match balancent souvent des grands ballons à leurs offensifs restés aux avant-postes. Taylor a pris le parti d’assumer cette approche d’entrée de rencontre, en la couplant avec un pressing de tous les instants, quelque soit la position du ballon sur le terrain.

Elton John voulait l’Europe, Taylor obtiendra un ticket cinq saisons seulement après avoir pris en charge les “Bees” en quatrième division. Les tactiques hyper-offensives et les oppositions entre deux 4-4-2/4-2-4 calqués l’un sur l’autre ont alors mis aux prises des ailiers très hauts (notamment John Barnes, auteur d’une dizaine de buts par saison de 1981 à 1987) face à des latéraux contraints à reculer. A l’inverse, la prolifération de l’ailier de débordement souvent peu enclin à revenir défendre a laissé des boulevards aux latéraux offensifs (Rodstron, Bardsley, Mick Mills, Kenny Swain, Phil Neal). Watford démontrera néanmoins sur la scène Européenne ses propres limites. L’efficacité d’un tel jeu de pressing était considérablement réduite face à des équipes capables de conserver le ballon collectivement, prêtes à se regrouper et contre-attaquer.

Quand Zola prend l’ascendant sur le totalitarisme tactique Brittanique

45020045.0.mLes travaux d’Allen Wade, théorisant les tactiques d’Alf Ramsey à la suite de la victoire en 1966 (encart), vont fortement influencer le paysage technico-tactique Anglais ainsi que la formation de techniciens tels que Bobby Houghton, Dave Sexton, Don Howe ou Roy Hodgson. La conception holistique du jeu (l’ensemble est supérieur à la somme de ses parties) à mené au développement de concepts tels que le bloc équipe ou encore le fonctionnement en zone (ce que reprendra Arrigo Sacchi au Milan AC dans les années 90). Ce en opposition avec le football continental qui se reposait sur des rôles extrêmes tels qu’un stoppeur en marquage individuel ou des individualités offensives au rôle élargi, notamment les attaquants en véritable fixation à l’extrémité du libéro campant devant sa propre surface de réparation.

Le 4-4-2 Britannique était alors animé par  des mouvements répétitifs, stéréotypés et peu inventifs mais cependant efficaces au moment de protéger le but. La paire de défenseurs centraux pouvait se charger efficacement des deux purs attaquants. Offensivement, le milieu de terrain se reposait sur une paire complémentaire entre deux milieux axiaux, l’un plus défensif (Keane, Gilberto) tandis que le deuxième – le box-to-box – était chargé d’amener le soutien aux offensifs (Robson, Scholes, Dennis Wise, Vieira) tout en allant de sa contribution défensive. Sur les couloirs, les années 90 ont été le paradis de l’ailier de débordement (Giggs, Kancheslskis, Overmars, Ginola) ou du centreur (Beckham, Le Saux).

L’omniprésence de ce système “à trois bandes” (défense, milieu, attaque) a régulièrement vu s’opposer deux systèmes identiques, laissant reposer la tournure de la rencontre sur l’issue des duels dans toutes les zones de jeu (défenseur central contre attaquant, latéral contre ailier, paire de milieux face à la paire adverse)

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Gianfranco Zola et Tore André Flo ont ravi le public de Stamford Bridge entre 1997 et 2000.

Le tournant interviendra lors du passage au nouveau millénaire. Les duos d’attaquants étaient conçus de façon complémentaire outre-manche afin d’associer un joueur puissant et un joueur rapide (Niall Quinn/Kevin Phillips) ou un joueur de soutien plus créatif derrière un pur buteur (Sheringham/Shearer, Zola/Flo). L’arrivée de profils offensifs différents tels que Gianfranco Zola, Dennis Bergkamp, Eric Cantona ou encore Le Tissier, capables d’évoluer de façon régulière entre les lignes va mener à une réponse constituée par l’ajout d’un milieu de terrain supplémentaire dans l’entrejeu afin de constituer un triangle: dans le but de contrer l’influence de ce joueur entre les lignes (pointe vers le bas 1-2, “the Makélélé role”) ou de coucher sur papier les décrochages de ce même joueur (2-1, dans la zone que les Anglais appellent “the hole” – le trou).

Le 4-4-2 va ainsi progressivement disparaître dans sa forme classique au profit de milieux renforcés: si en 1999/00 trois quart des compositions enregistrées en Premier League faisaient état d’une formule à deux attaquants, le rapport s’est totalement inversé en l’espace d’une décennie puisque seulement une composition sur cinq laisse part à un duo d’attaquants cette saison. La conséquence la plus notable de cette évolution est la disparition du profil du renard des surfaces, remplacé numériquement par un milieu de terrain offrant une palette plus large ; notamment sur le plan de la conservation (formation facilitée de triangles dans le réseau de passe). Pousser au fond victorieusement le ballon en surgissant au “far post” (deuxième poteau) ne suffit désormais plus, Michael Owen ou encore Jermain Defoe ont finalement du adapter leur jeu aux exigences du rôle de “lone striker”. On peut aussi associer cette évolution à l’apparition d’attaquants complets capables de peser “pour deux” et de tenir deux rôles ; dans la lignée de Didier Drogba, Kevin Davies, Yakubu ou Berbatov.

Le succès des mises en places tactiques en 3-5-2 par l’Allemagne de l’Ouest ou l’Argentine dans les années 90 a constitué une réponse crédible afin de proposer un système qui permettait à la fois de contenir deux attaquants tout en assurant la couverture de ces duels. Il s’agissait également prendre le dessus  sur l’adversaire en exploitant les limites de la structure ou de l’animation: la mise en place de 3v2 dans l’entrejeu à mené à la mort du “box-to-box” au profit d’un équilibrage numérique puis d’un partage des rôles tandis que la présence de latéraux-ailiers dans le dos des ailiers du 4-4-2 a contribué à offrir une opposition aux latéraux adverses.

Si la défense à trois se pose comme l’option la plus efficace face à un 4-4-2 ; le rapport de force s’inverse totalement lorsque cette base à trois défenseurs affronte un système au milieu renforcé faisant figurer un attaquant de pointe (ou trois, si l’on considère le front de l’attaque). Le marquage n’est pas intuitif face à une telle configuration: si un défenseur se charge de l’attaquant et qu’un second se place en couverture, le troisième est alors redondant et occupe une position sans utilité effective (on constatera alors un “manque” ailleurs sur le terrain).

Oui mais Wigan et Aston Villa…?

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Roberto Martinez a mis en place une défense à trois avec succès alors que son équipe se dirigeait vers la relégation certaine voilà un an.

Roberto Martinez a trouvé une solution dans son choix de joueurs pour animer son 3-4-3 à Wigan. Ainsi, il organise sa défense autour d’un stoppeur “à l’ancienne” (Gary Caldwell) chargé de neutraliser – plus ou moins régulièrement – l’attaquant adverse mais flanqué de deux défenseurs très athlétiques qui peuvent s’insérer aisément dans l’entrejeu et dans les couloirs. Au delà de leur mobilité et capacité à couvrir une surface immense, Iván Ramis, Antolín Alcaraz mais surtout Maynor Figueroa sont aussi de très bons récupérateurs tant dans la lecture des trajectoires que les duels.

Quid du marquage des ailiers ? Si il est bien entendu possible d’imaginer confier aux “wing backs” le marquage des offensifs de couloir adverse (faisant alors tendre l’organisation vers un 5-4-1), cela réduit alors drastiquement les possibilités de contre-attaque et la largeur offensive.

Il s’agit d’un des problèmes – jusque là non résolu – auquel a fait face Paul Lambert avec Aston Villa – notamment face à Tottenham . Sa ligne de cinq à l’arrière (un wing-back au duel et une présence de quatre défenseurs sur la ligne des six mètres) avait permis de contenir les vagues offensives des Spurs marquées par un usage répété de centres. Dans l’entrejeu, le positionnement de Westwood derrière El-Ahmadi et Delph avait permis de réduire l’influence de la paire Sandro/Dembélé. De la demi-heure de jeu à la mi-temps (et la sortie sur blessure de Nathan Baker, forçant un retour à un “back four”), Tottenham avait haussé le rythme de ses enchaînements dans les couloirs et avait profité de l’espace laissé libre par Lowton et Bennett qui se positionnaient au niveau de leurs milieux (3-4-2-1). Le chiffre brut de dix-huit buts encaissés par the Villa en cinq matchs n’illustre toutefois pas le contraste entre les séquences en 5-3-2 lors desquelles Villa n’a pas été ridicule face à Liverpool, Chelsea et Tottenham et celles en 3-5-2 où la plupart des buts ont été encaissés à intervalle rapproché.

A Wigan, la paire McCarthy/McArthur dans l’entrejeu occupe en revanche un rôle capital afin d’annuler les situations de surnombre adverse dans les couloirs en coulissant du côté du ballon, en protection des wing-backs Boyce et Beauséjour (plus athlétiques que footballeurs). La sortie sortie au pressing d’un milieu permet au wing-back de reprendre sa position défensive et disputer le duel dans le cas où l’adversaire s’engage dans le couloir.

Les lacunes constatées en Angleterre au moment d’envisager des organisations tactiques différentes ne reposent pas uniquement sur un plan technique (qualité de relance, notamment sous pression) mais également tactique. Ainsi, on est assez peu surpris de constater qu’aucun Britannique n’occupe une des positions clés du système de Roberto Martinez si ce n’est Gary Caldwell dans son fauteuil de stoppeur. Les approximations de Nathan Baker, Chris Herd ou Ryan Bennett dans la ligne défensive d’Aston Villa illustrent également le faible horizon de possibilités tactiques hors 4-4-2 qui s’offre aux techniciens en Angleterre, comme l’avait souligné Mourinho de son temps à Chelsea.

Le 3-4-1-2 de Mancini était censé constituer une surenchère vis à vis des formations adoptant l’approche de parquer le bus afin de concéder un minimum d’espace aux offensifs de City. Il n’aura finalement été aligné qu’une poignée de fois, le plus souvent en cours de rencontre ; menant à la perte des avantages face à Arsenal (1-0, 1-1), à Madrid (1-2, 3-2) ou l’Ajax (2-1, 2-2)

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Roberto Mancini n’a pas connu la même réussite que son homologue de Wigan avec sa défense à trois.

En réalité, le système aura exposé toutes les faiblesses que ses prétendus atouts n’ont pas su masquer… peut être tout simplement en raison du fait que le système n’est pas travaillé à l’entrainement (le pavé dans la mare est l’œuvre de Micah Richards). Si Roberto Mancini pouvait aligner David Silva dans une position axiale derrière deux attaquants et devant sa paire Barry-Touré ; la base défensive aura souffert de l’absence de spécialistes. Ainsi, en dépit de sa saison 2011/12 correcte, Joleon Lescott va disparaître du XI de départ en raison de sa faible polyvalence tactique. Kolo Touré peinant à retrouver du rythme, c’est le jeune Matija Nastasić qui a profité de l’opportunité pour engranger treize titularisations et démontrer son potentiel de défenseur moderne par sa mobilité et polyvalence.

Vincent Kompany sera néanmoins souvent flanqué de Gaël Clichy et Pablo Zabaleta à la suite de changements en cours de rencontre. Les deux latéraux, si ils n’ont toutefois pas les automatismes du poste et se sont souvent retrouvés hors-position, présentent toutefois – dans l’absolu – des qualités à la récupération qui peuvent justifier une telle utilisation (ce s’appliquant également à Micah Richards). Ni James Milner ni Alexandar Kolarov ni un triste Maicon ne parviendront à offrir la largeur offensive que leur rôle sous entendait ; leur placement haut libèrera même encore davantage d’espace qu’ils ne laissent d’habitude dans une configuration classique à quatre défenseurs (notamment Kolarov). Par ailleurs, le départ de De Jong compensé par l’arrivée de Javi Garcia n’a pas mené à une transition vers un jeu encore plus fluide comme l’indiquait initialement le transfert, mais bien une approche défensive davantage basée sur la récupération individuelle et non collective ; ce posant une fois de plus le doigt sur les choix d’approche étranges de la part de Mancini.

Quelles perspectives pour la défense à trois dans le Royaume ?

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Brendan Rodgers est fortement influencé par l’école Barcelonaise.

Un des leitmotiv tactiques de Brendan Rodgers à Swansea était basé sur l’idée d’attirer l’adversaire afin de mieux le contrer. Ainsi, les 31% d’actions disputées dans leur propre moitié (seul le triste Blackburn totalisait davantage en 2011/2012 – 33%) ont témoigné d’un réseau de passe effectif construit autour de Michel Vorm, Ashley Williams, Steven Caulker, Angel Rangel et Leon Britton. Cette consigne de construire les actions de l’arrière a été transposée à Liverpool et s’est notamment traduite par l’utilisation du 3-4-3 par séquences de jeu (lorsqu’Allen se positionne entre les défenseurs axiaux excentrés afin de couvrir leurs latéraux) mais reste globalement freinée par la faiblesse technique des défenseurs “Reds” au moment de tenir la comparaison avec l’arrière garde Galloise qui fait désormais les beaux jours de Michael Laudrup.

Ainsi, si les formules à trois défenseurs ne semblent pas en mesure de pouvoir se ré-imposer en  tant que telles outre-Manche (à l’exception des fins de matchs pour contenir un éventuel pilonnage de longs ballons), en raison de l’omniprésence du 4-5-1 il convient toutefois de noter que le concept n’est pas laissé de côté pour autant par les techniciens officiant sur les bancs de Premier League. La “continentalisation” du jeu pratiqué en Angleterre, dynamisée par Brendan Rodgers, André Villas Boas ou Roberto Mancini ces dernières années a appuyé la conception selon laquelle la possession de balle se pose comme le premier atout afin de maîtriser les rencontres. La prolifération de profils hybrides (Silva, Mata, Nasri, Maloney, Sterling, Dyer, Ben Arfa, Routledge, Vaz-Tê) proposant un mélange de création, percussion et finition dans une zone de jeu floue sur le front de l’attaque a souvent réduit la largeur offensive essentielle afin de déborder des blocs regroupés. L’apport des latéraux peut alors être facilité par la présence d’une sentinelle telle que Michael Carrick ou John Obi Mikel vadrouillant derrière le ballon devant la charnière centrale et assurant une première relance saine (“recycling possession”).

Cette modulation des formules en 4-5-1 en 3-4-3 lors des séquences de possession semble constituer la nouvelle conception de la défense à trois en Angleterre, dans la lignée du Chelsea d’Ancelotti couronné en 2010.

La première partie de ce dossier a été réalisé à partir du travail remarquable de Jonathan Wilson, compilé dans son ouvrage “Inverting the Pyramid” (Orion, 2008, 374 p.) que je conseille vivement.

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