Tottenham a fait tomber Chelsea de son fauteuil de leader de la Premier League à l’occasion d’une retentissante victoire 5-3. MyPremierLeague vous propose de revenir sur cette rencontre en amenant un éclairage sur un résultat qui va marquer la saison 2014/2015 de Premier League.
- Déroulement du match
- Le plan de jeu de Tottenham
- Le plan de jeu de Chelsea
- Les enseignements du match
- Analyse des buts de Tottenham
- Conclusion
Les deux équipes bouclaient le programme des fêtes avec cette 4e rencontre en 11 jours. Tottenham est venu à bout de Burnley (2-1) puis a ramené les trois points de Leicester (1-2) au Boxing Day. Après avoir partagé les points contre Manchester United (0-0), Tottenham s’est donc imposé face à Chelsea (5-3).
Chelsea s’est rendu la tâche aisée en marquant rapidement à Stoke (0-2) puis a réalisé son match le plus abouti de la saison face à West Ham (2-0). Les Blues ont ensuite buté sur la défense de Southampton (1-1) avant de s’incliner chez leur voisin Londonien.
Déroulement du match:
Suite à une entame convaincante de Tottenham qui presse d’entrée son hôte, Chelsea ouvre le score suite à un exploit individuel d’Hazard lancé par Courtois, la frappe du Belge sur le poteau sera reprise victorieusement par Costa au quart d’heure de jeu. Deux coups de boutoir des Blues vont aboutir à une situation litigieuse dans la surface puis une occasion d’Oscar, lancé par Hazard
Vont suivre dix minutes de domination de Chelsea à travers une maitrise de la possession et des seconds ballons. Tottenham va revenir dans la partie grâce à l’égalisation de Kane. Les approximations de Willian et Cahill vont permettre à Rose et Townsend (sur penalty) d’inscrire deux nouveaux buts avant la pause.
Contraint à prendre plus de risques offensivement, Chelsea va se découvrir et concéder des situations dangereuses dès la reprise du jeu ; Kane portant le score à 4-1. Si Hazard a réduit le score à 4-2, Chelsea n’a pas su concrétiser son temps fort qui a suivi le but du Belge et a vu s’éloigner l’opportunité de revenir dans la partie. Chadli a inscrit le 5e but de Tottenham à un quart d’heure de la fin, rendant anecdotique le but de Terry (son 3e en 4 journées) en toute fin de match.
Le plan de jeu de Tottenham
A la suite d’un début de saison mi-figue mi-raisin dans lequel Tottenham n’a pas su enchaîner les bonnes performances (difficulté à se mettre au niveau des exigences athlétiques et mentales posées par l’enchaînement des rencontres dues à la participation à l’Europa League), Mauricio Pochettino a effectué quelques ajustements tactiques. Initialement organisé dans 4231 qui s’installe dans la moitié adverse afin de déployer un jeu de position patient tout en opérant un pressing offensif dès la perte du ballon, l’équipe de Mauricio Pochettino s’appuie sur une autre formule depuis le succès contre Everton fin Novembre. Celle-ci repose désormais sur un système en 442 visant à réduire les espaces dans la moitié défensive tout en profitant des opportunités en contre-attaque.
Cependant, cette évolution conjoncturelle n’a pas eu d’incidence sur les principes du jeu de position prôné par Pochettino dont la maîtrise par les joueurs est en net progrès depuis plusieurs semaines. Si la présence de Mason, Townsend, Kane et Chadli permet d’amener de la profondeur au jeu par des courses, l’occupation des zones offensives constitue toujours un enjeu majeur. En se déployant sur toute la largeur du terrain grâce au positionnement haut des latéraux en phase offensive, cela permet à Eriksen et Chadli de trouver des espaces au cœur du bloc adverse et de permuter.
Tottenham a démontré de la maîtrise et de la fluidité lors des phases de transition lors desquelles ses joueurs ont su s’extraire rapidement de la grille défensive pour se projeter. En ce sens, il s’agit d’une performance aboutie de la part des joueurs de Mauricio Pochettino ; tant sur le plan des intentions de jeu que de l’implication des joueurs à tout instant.
Le plan de jeu de Chelsea
José Mourinho a aligné son XI type à qui il a demandé d’animer le jeu de façon habituelle. Celui-ci présente des similitudes avec celui de Mauricio Pochettino sur le plan structurel bien que la présence de davantage de talent individuel dans les rangs des Blues offre davantage de possibilités en termes de créativité.
A l’image de Tottenham, Chelsea s’appuie sur un bloc défensif qui se déploie très rapidement à la récupération du ballon. Cependant, les Blues disposent d’une qualité supérieure dans les attaques de position.
Bien que la répartition défensive soit équilibrée (une constante des équipes du Portugais) ; celle-ci s’appuie en partie sur le coffre athlétique des joueurs qui doivent être en mesure de naviguer aisément entre différentes zones du terrain. Ainsi, le maintien de la structure repose sur une maîtrise technique et tactique de tous les instants en dépit d’une certaine asymétrie (et distance) dans la répartition des joueurs sur le terrain.
C’est sur ces aspects techniques et tactiques que Chelsea a inhabituellement failli en ce premier jour de l’année. Des pertes de balle imprévues lors de la préparation des attaques ont précédé une mauvaise gestion de situations défensives.
Oscar et Fàbregas sont également passés à côté de leur match, ce qui a empêché Chelsea de trouver des solutions pour faire déjouer le bloc de Tottenham en attaques placées.
Les enseignements du match
Chelsea s’expose davantage que la saison dernière et peut se faire avoir à son propre jeu.
Le bloc de Chelsea se déploie rapidement à la récupération mais certaines zones peuvent être exploitées en tenant compte des caractéristiques individuelles de certains joueurs. Ainsi, Ivanović, chargé d’animer le flanc droit à lui seul et de proposer une solution sur la ligne de touche pour recevoir les changements de jeu laisse son couloir droit à la merci des appels adverses. La moitié droite de Chelsea a été exploitée par les courses de Chadli, occupée temporairement par les dézonages d’Eriksen ou Kane.
Gary Cahill a montré une fois de plus ses limites en termes de couverture de son latéral (bien moins efficace que John Terry derrière l’aventureux Ashley Cole par le passé) ou de capacité à prendre le dessus en duel face à un attaquant qui s’excentre.
Contrer sans se faire contrer, le pari ne paye pas au centre du terrain
Chelsea s’organisait défensivement en s’appuyant sur deux lignes de quatre joueurs. Cependant, plus nettement qu’à l’accoutumée, les deux joueurs hors du bloc étaient Diego Costa et Eden Hazard qui n’avaient pour seul objectif que d’aller se situer aux extrémités gauches et droites du front de l’attaque pour préparer la transition. C’est à dire dans le dos de Walker ou Rose, montés aux avants postes. Déchargés des tâches défensives, Hazard et Costa ont réalisé une grande performance mais n’ont pas pu équilibrer la balance au score.
C’est donc Willian et à un degré moindre Oscar qui se sont essentiellement chargés de fermer les couloirs défensifs droits et gauche (plutôt que la répartition variable des trois zones par les trois offensifs en phase défensive). Chelsea n’a pas su s’opposer efficacement dans les zones centrales à Mason (puis Dembélé) et Bentaleb qui se sont vu octroyer beaucoup de libertés pour orienter le jeu.
Matić et Fàbregas, auteurs d’une performance loin de leurs standards habituels, ont été pris entre deux ; par la volonté d’aller chercher les milieux de Tottenham sans prendre en compte la mobilité d’Eriksen, Kane et Chadli dans leur dos.
Matić a parfois donné l’impression d’évoluer comme il l’a fait aux côtés du plus rigoureux Mikel (comme face à Derby ou Stoke plus tôt dans le mois) alors que son rôle consistait davantage à celui d’un tampon entre Fàbregas et la charnière centrale.
Tottenham joue le coup à fond
En s’appuyant sur une meilleure répartition des tâches défensives permise par les deux lignes de quatre joueurs depuis plusieurs semaines, Tottenham réduit le temps de transition défensive et conserve celles-ci dans un ensemble de situations prévisibles. A partir de là, la sortie des ballons est facilitée par la présence de solutions déjà en position, et accélérée par les mouvements plus justes des offensifs Eriksen et Chadli dans les espaces libres.
Le premier s’est joué de Matić pendant 90 minutes en l’attirant hors de sa zone de confort axiale. Chadli a proposé une variété de solutions depuis son aile, de l’intérieur vers l’extérieur ou à l’inverse tout en offrant du répondant à Ivanović par sa protection de balle.
Alignés pour la première fois de la saison ensemble à White Hart Lane, Rose et Walker ont su animer leur couloir conformément aux instructions de Pochettino. Capables de se projeter à toute vitesse pendant toute la durée de la rencontre, ceux-ci ont posé de véritables problèmes à Chelsea en se situant dans l’interligne, fixant ainsi soit un latéral soit l’offensif de couloir. Plus aventureux que Rose, Walker a posé des problèmes à Azpilicueta (inhabituellement fébrile) en l’attaquant directement balle au pied à plusieurs occasions.
Harry Kane n’est pas le joueur le plus doué de sa génération (Barkley, Berahino, Chamberlain), mais s’accroche tout en connaissant ses points forts et faibles. Doté d’un coffre et d’une activité qui lui a souvent permis de sauver des bilans de match assez moyens par le passé (avec les U19 Anglais notamment), Kane a atteint un état de forme qui lui permet de prendre des initiatives et responsabilités dans le jeu. Sa bonne lecture du jeu lui permet de se retrouver régulièrement au point de chute dans la surface (d’où ses excellents ratios depuis un an, en Championnat et Europa League). Ce match a surtout mis en lumière sa mobilité à travers ses décisions d’aller disputer des duels dans des zones dans lesquelles il est délicat de défendre sur lui (face à un un adversaire hors de position : Matić ou Cahill).
Analyse des buts de Tottenham
1-1 (Kane): Permutation efficace et défense de basket


2-1 (Rose): Matic et Willian laissent une désagréable impression de suffisance


3-1 (Townsend, s.p): Panique à bord, pénalty concédé avant la mi-temps


4-1 (Kane): Ivanović et Matic passent à travers, Kane en profite


5-2 (Chadli): Matic et Ivanović regardent le ballon, Kane et Chadli n’en demandaient pas moins


Conclusion:
Chelsea se déplaçait chez un concurrent du top 8 qui a réalisé le match parfait pour frustrer (46% de possession, 5 fautes) et contrer son adversaire (11 tirs, 8 cadrés, 5 buts), démontrant si besoin était que le leader (alphabétique) n’est pas infaillible. . N’ayant pas réussi à tuer le match dans la première demi-heure, Chelsea a été rejoint et n’a pas su contenir les assauts de Tottenham par la suite, étant finalement forcé de se découvrir pour tenter de revenir au score.
Certains joueurs de Chelsea ont ainsi affiché leurs limites dans une configuration dans laquelle ils ne disposent plus de la même protection (Cahill) ou écran de pressing face à eux (Matic): leurs choix peuvent être pointés du doigt. Les hommes de José Mourinho n’on pas su prendre la mesure de duels qu’ils maitrisent pourtant habituellement. Ce qui a rendu la tâche d’autant plus aisée à un Tottenham en pleine progression depuis plusieurs semaines et qui en a profité pour remporter sa première victoire face à Chelsea en près de 5 ans.
crédits images: Premier League, Duracell, Roy Lichtenstein, zimbio.com





